VILLAGES D'ANCETRES

SAINT-NABOR ET L'ABBAYE DE NIEDERMUNSTER
SAINT-NABOR  St-Nabor-blason

Niché au pied du Mont Sainte-Odile, Saint-Nabor est un petit village paisible entourée de forêt et de vignoble. L'histoire et la postérié du village sont liés au monastère de Niedermunster, aujourd'hui en ruine. Celui-ci avait été transformé en hospice par Sainte-Odile. Il accueillait les malades qui ne pouvaient accéder au Mont. La petite chapelle Saint-Nicolas, située en contre-bas des ruines, est un monument roman qui a été parfaitement restauré.



L'ABBAYE de NIEDERMUNSTER

Histoire : Sainte Odile, morte vers 720 aurait fondé une église dédiée à saint Martin et un hospice sur la route de Hohenbourg (mont Sainte-Odile) puis, plus tard, un couvent de femmes ; l'église actuelle a été construite entre 1150 et 1180, date de sa consécration, déclin puis abandon définitif au 16e siècle ; métairie et grange construites en 1758 avec des pierres remployées .

Ruine de Niedermunste  Ruine de niedermunster  Ruine de Niedermunster
Ruine de Niedermunster  plan de l'abbaye de Niedermunster


Chapelle Saint-Nicolas

Histoire : Construite entre 1150 et 1180 en même temps que la nouvelle église abbatiale de Niedermunster ; en ruine en 1838, elle est entièrement reconstruite à l'identique entre 1848 et 1850 .

Chapelle St-Nicolas  Plan de la Chapelle St-Nicolas

BOERSCH
blason boersch

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Hotel de ville de Boersch

Construites vers 1340, il reste aujourd'hui 3 des 4 portes qui permettaient l'accès à la ville : à l'est la Porte Basse (Niedertor), au sud la Porte Haute (Obertor) aujourd'hui décorée d'une représentation de Saint Médard, patron de la paroisse et au nord la Porte Arrière (Aftertor). A l'ouest la porte du Presbytère a été démolie en 1758 pour cause de vétusteté. Les remparts, très bien conservés, enserre encore la ville.


Les origines

Le 21 septembre 1109, Boersch entre dans l'histoire sous le nom de « Bersa ». La charte de fondation du monastère bénédictin voisin de Saint-Léonard, rédigée en latin, cite des terres situées dans « les environs de Bersa ». Il ne fait cependant aucun doute quant à l'antériorité d'une occupation humaine des lieux.

En outre, le nom même de « Bersa » indique une origine au moins celtique. Ceci infirme la thèse du curé Schahl qui pensait que Boersch était une colonie d’Alamans, fondée à partir de Bischoffsheim.
La racine du mot « Bersa » est problématique. Sa traduction par « treillis d'osier » ou « palissade » paraît relever de la légende. Faut-il même chercher une origine illyrienne, le mot bers désignant des « eaux rapides et vives » ? Les Illyriens, groupe de peuples contemporains et quelquefois rivaux des Celtes, apparaissent vers 750 avant Jésus-Christ et habitaient sur la côte dalmate dans des pays qui s’appellent aujourd’hui l’Albanie, le Montenegro et la Bosnie. Peu de communes en Alsace (peut-être 8 sur plus de 900) peuvent se prévaloir d’une étymologie aussi ancienne, celtique, peut-être même illyrienne, en tout cas pré-romaine. Le mot « Bersa » est vieux de 2 000 à 2 500 ans.

Le patronage de Saint Médard prouve également une certaine ancienneté. A partir du tombeau de Soissons, son culte s’est propagé, après sa mort vers 545, en direction de l'est et du nord pendant quelques années seulement. La paroisse de Boersch est la seule en Alsace à honorer ce saint.

Boersch au Moyen Âge


Nous ne savons pas précisément quand l'évêque de Strasbourg prend possession de Boersch, peut-être à la suite d'une donation mérovingienne, ni quand le Grand Chapitre (chanoines de la cathédrale) y fonde une cour colongère (Dinghof), vraisemblablement au Xe siècle. L'évêque, pour subvenir aux besoins des chanoines qui le secondent lors de l'office à la cathédrale, leur accorde terres et biens. Ils accroissent ainsi leur puissance au fil des siècles, par un recrutement de plus en plus nobiliaire, voire princier, et sont même tellement puissants qu’ils nomment l’évêque.

 Un document capital pour l'histoire socio-économique alsacienne concerne cette possession foncière du Chapitre cathédral, appelée plus tard Fronhof (cour des corvées). C'est la Rotula Berse du milieu du XIIIe siècle. L'abbé Hanauer l'a qualifiée de « plus ancien monument complet de l'organisation colongère en Alsace ».
Dix assemblées annuelles étaient prévues. L'avoué de Molsheim ne venait à Boersch que pour exproprier les paysans récalcitrants et exécuter les condamnés, par le gibet ou la décapitation. L'administration villageoise était dirigée par l'intendant, secondé par le prévôt et le cellérier. Ils étaient assistés d'un tonnelier, d'un appariteur, de trois gardes champêtres et trois gardes forestiers. Les biens des fermiers étaient héréditaires.
Les chanoines de la cathédrale de Strasbourg y possédaient encore un tiers des terres, un bois particulier le Forst, ainsi que le tiers des autres forêts.

L’évêque de Strasbourg, seigneur de Boersch, avait le droit de promulguer commandements, interdictions, de réclamer impôts et corvées. Il a souvent entraîné la ville dans la guerre, surtout à cause des conflits entre le pape et l'empereur.
Après une nouvelle guerre suivie d’une défaite, Berthold de Bucheck (évêque de 1328 à 1353) décide de fortifier Boersch, ainsi que Dambach-la-Ville, et de lui accorder le statut de ville, probablement en 1340. Un acte du 23 novembre 1341 concernant Saint-Léonard évoque des biens situés « in oppido Berse 
».

Des remparts et quatre tours - dont il en reste trois – sont construits vers 1340.

L'origine des armes de la ville : deux poissons blancs (des perches) se tournant le dos sur fond azur, doit être recherchée dans l'homonymie entre le mot allemand (perches = Bärsche) et la forme ancienne et dialectale de Boersch (Bersch).

En 1385, la ville est prise de nuit par le comte Henri III de Saarwerden, pillée, détruite et l'église brûlée. Par la suite, Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg de 1394 à 1439, la gage plusieurs fois pour payer ses nombreuses dettes. En 1405 et 1406, il l’hypothèque à des créanciers différents : au comte Philippe de Nassau - Saarwerden, à la Ville de Strasbourg et au Grand ChapitreFinalement en 1466, la seigneurie passe définitivement de l'évêché au Grand Chapitre pour 1 000 florins, et ce jusqu'à la Révolution.

Boersch au XVIe et au XVIIe siècles

Les événements tragiques de la guerre des paysans en 1525 ont eu des répercussions importantes pour la localité. En effet le 19 avril, la Collégiale de Saint-Léonard est l'objet d'attaques et de pillages de la part de troupes paysannes venues d'Altorf et de Dorlisheim, auxquelles se sont joints des habitants de Boersch, « même quelques conseillers municipaux... ».
Ils pillent et dévastent l'église et les maisons d'habitation, ainsi que leurs dépendances, obligent les chanoines à s'enfuir et se livrent à des profanations. Pour la ville de Boersch, dont la plupart des habitants ont pris part à l'assaut, l'affaire se termine par une amende de 1 600 florins, versée aux chanoines de Saint-Léonard et entraîne pour longtemps une animosité entre la population locale et les religieux. De nombreux Boerschois, à l'instar de leurs voisins d'Obernai, Bernardswiller, Ottrott, etc. ont participé activement à ces journées, où revendications religieuses et sociales font trembler l'ordre établi.

Puis pendant près d'un siècle, c’est « l'âge d'or », comme pour de nombreuses autres cités alsaciennes. L'époque de la Renaissance imprime aujourd'hui encore son cachet dans des monuments appréciés des touristes : l'Hôtel de Ville (Laube), à la fois halle de marché, lieu de réunion et demeure du bailli, est construit en deux étapes en 1565 et 1572. Un oriel y est adjoint en 1615 et le puits à six seaux réalisé deux ans plus tard, tous deux œuvres d'un artiste probablement originaire de Rosheim, Jacob Zumsteg, à qui nous devons également le puits de Rosheim.

Mais le malheur s'abat à nouveau sur la petite ville. D'abord dès la fin du XVIe siècle, la peste sévit et fait plus de 80 victimes en 1596 - 1597, puis lors de la Guerre de Trente Ans (1618 - 1648). En 1622, la ville souffre d'un court siège et surtout d'exactions importantes commises par les troupes de Mansfeld : pillages, meurtres, incendie. A Saint-Léonard, des chanoines sont brûlés vifs. Les localités environnantes sont aussi touchées : Niedernai, Obernai, Rosheim, Ottrott, etc. Le couvent du Mont Sainte-Odile est détruit.

Dix ans plus tard, les Suédois du maréchal Gustave Horn prennent la ville par surprise et y installent un cantonnement. La peste sévit aussi pendant six mois en 1633 et il y a un nouveau pillage des Suédois en 1636.

A la fin de la guerre, le bilan est désastreux. Nous en avons connaissance par un document intéressant, un état des possessions du Grand Chapitre de Strasbourg, rédigé en mars 1649.

Sur 200 bourgeois (y compris les veuves) recensés en 1632, il ne reste plus, dix-sept ans plus tard, que 65 personnes, surtout des journaliers, c'est-à-dire 32 %. D'autre part, sur 173 maisons habitées en 1632, en tenant compte par conséquent de celles reconstruites après le passage de Mansfeld, il n'y en a plus que 81 habitables, c'est-à-dire 47 %. La situation économique est évidemment désastreuse : la superficie occupée par la vigne ne représente plus que 25 % par rapport à l'avant-guerre et celle des prés, la moitié. Les plus belles maisons et les meilleures terres ont été rachetées par des bourgeois strasbourgeois. En outre, les dettes s'élèvent à 3 436 livres tournois 18 sols, représentant les frais d'occupation dus aux Suédois et le foin pour les quartiers d'hiver des soldats.


Au XVIIe et au XVIIIe siècle, la ville est le siège d'un bailliage comprenant Boersch, les deux annexes de Saint-Léonard et du Klingenthal, ainsi que Saint-Nabor, Geispolsheim et Lampertheim.